cants.gif (6720 octets)                     Fourmis champignonistes

Les fourmis champignonnistes (fourmis parasol de Guadeloupe) sont caractéristiques de l'Amérique latine tropicale et subtropicale. Elles vivent en association obligatoire (symbiose) avec un champignon. Elles prennent la niche écologique occupée en Afrique et en Asie par les termites champignonnistes Macrotermitidae qui n'ont pas de flagellés symbiotiques et sont donc incapables de digérer la cellulose. Les fourmis champignonnistes font du compost dans des fermes à champignons, elles fertilisent les jardins de champignons avec des morceaux de plantes (feuilles découpées, pétales de fleurs). Le champignon digère les feuilles grâce à des enzymes que les fourmis ne possèdent pas.

Une colonie peut comporter plusieurs millions d'individus et consommer quotidiennement autant qu'une vache adulte. Atta cephalotes et A. sexdens sont les premiers insectes nuisibles d'Amérique tropicale et peuvent détruire jusqu'à 10% des récoltes.

Meule à champignons
Elle ressemble à une éponge.
- la meule pousse dans une chambre maintenue à température et hygrométrie idéale,
- elles sécrètent des antibiotiques (myrmicacine) pour protéger le champignon des bactéries, des autres champignons et même des fructifications du champignon. Ces fructifications sont parfois obtenues en culture artificielle. Le champignon est immunisé contre les antibiotiques de la fourmi.
- elles pratiquent aussi la taille du mycélium qui pousse en formant des boules (mycotêtes) qui sont consommées par les larves qui y trouvent des stérols et des composés azotés. Les ouvrières mâchent aussi les hyphes et récupèrent les sucs, puis les donnent aux larves. Pour Bass et Cherrett la croissance du mycélium est accrue de 30% sous l'effet des ouvrières. Elles cassent les mycelia avec leurs mandibules, ce phénomène est reproductible à la main avec une aiguille. Elles sont aussi capables de varier leur effort en fonction des besoins de la colonie.
- les ouvrières ont des besoins alimentaires différents : seulement 5% de leurs besoins énergétiques sont couverts par du champignon, le reste l'est par les sucs et la sève des feuilles coupées. Pourtant le champignon est nécessaire à la survie des adultes.

Fondation de la colonie
La reine fondatrice emporte entre ses mandibules ou dans une poche située sous la cavité buccale (poche infra-buccale) un fragment de champignon. Dans sa chambre, elle défèque et y dépose le champignon avec de la salive.

Les champignons
Il s'agit de basidiomycètes de la famille des lépiotes (Leucoagaricus, Rozites) qui se propagent de manière végétative sous forme de mycélium (sauf chez les Cyphomyrmex qui les cultivent sous forme de masses de levures). On connaît un seul cas de non lépiote. Les colonies d'une même espèce peuvent cultiver des champignons différents, mais une colonie n'a jamais qu'un seul type de champignon. Les cultivars des fourmis sont très proches de ceux que l'on trouve libres : cela témoigne de la possibilité d'adopter de nouveaux champignons au cours de l'évolution. Il y a eu au moins 4 domestications indépendantes, donc contrairement à ce que l'on pensait, il n'y a pas eu domestication ancienne et coévolution entre les fourmis et leur clone de champignon.

Un article récent de la revue Nature (Currie et al 1999) rapporte une découverte très intéressante : la symbiose entre la fourmi et le champignon s'accompagne d'un troisième élément, une bactérie du genre Streptomyces qui produit des antibiotiques spécifiques contre un autre champignon du genre Escovopsis (un parasite dangereux du champignon symbiotique). Cette bactérie a été retrouvée chez toutes les espèces de champignonnistes étudiées. Elle se trouve sur la cuticule des fourmis. Elle est transmise par les reines au cours de l'essaimage. L'association de cette bactérie dans la symbiose est probablement ancienne. On parle de ménage à trois chez les fourmis (fourmis - champignon - bactérie).

Systématique
Les champignonnistes forment la tribu des Attini (sous-famille Myrmicinae) qui cultivent toutes du champignon. On connaît 12 genres. Certains genres comme Cyphomyrmex sont qualifiés de primitifs car ils cultivent des levures sur des fèces d'insectes récoltés à l'extérieur et sur lesquels sont déposés des gouttelettes de nectar régurgité (plus occasionnellement du liquide fécal).


De très nombreux articles traitent de ces fourmis :