Attaville, la véritable histoire des fourmis

Film documentaire français de Gérard Caldéron (1998, 1h15). Scénario : G. Calderon et Christian Peeters. Commentaire : Jean-Claude Carrière. Image : Claude-Julie Parisot. Son : Henri Morelle. Montage : Florence Ricard. Musique : Eric Mauer. Voix : François Marthouret. Prod. : Les productions Dussart. Distr. : Les Films de l'Atalante.

1) L'analyse de Louis Guichard de Télérama (qui a la dent dure en 1998 à la sortie du film)

Fourmis d'Europe, d'Afrique ou d'Amérique centrale, fourmis nomades, tisserandes, légionnaires ou champignonnistes... Elles sont plus ahurissantes les unes que les autres par leur multitude disciplinée, leur force de frappe et leur acharnement à transformer leur environnement. Gérald Calderon, cinéaste et documentariste animalier, a glané autour du monde des images de leurs petites et grandes manœuvres, infiltrant à l'occasion sa caméra endoscopique dans la profondeur de leurs nids.

De ce matériau précieux, le réalisateur a tiré un film décevant. à l'aune de son sous-titre pompeux, d'abord : Attaville est moins " la véritable histoire des fourmis " qu'une série d'observations disparates sur quelques espèces étonnantes et photogéniques. Le récit de la naissance d'une fourmilière est expédié à toute vitesse, et c'est là une grande frustration pour les amateurs. Du vol nuptial, on ne voit que les prémices, et la réclusion solitaire de la jeune reine en attente de sa première progéniture est quasiment passée sous silence, alors que c'est l'un des prodiges de la vie des fourmis.

Bien plus déroutants encore sont les coq-à-l'âne et les digressions inexplicables. À maintes reprises, Gérald Calderon délaisse sans crier gare les fourmis au profit d'autres insectes et donne l'impression de nous tromper sur la marchandise. Le commentaire écrit par Jean-Claude Carrière participe lui aussi à cette confusion. Hybride (scientifique et philosophique), il égrène des considérations souvent trop générales pour s'accorder vraiment aux " scènes d'action " qui défilent à l'écran et parlent en quelque sorte d'elles-mêmes.

Il faut enfin mentionner l'usage abusif du bruitage : le moindre attouchement d'antennes occasionne un fracas de cape et d'épée... Fourre-tout, entre spectacle et documentaire académique, Attaville risque de laisser plus d'un " fourmiphile " sur sa faim.

Louis Guichard
Télérama N°2506 - 21 janvier 1998

2) L'analyse du même critique un an après!

Documentaire animalier haut de gamme, Attaville a guigné, il y a un an, un succès en salles, dans le sillage de Microcosmos. Ce pari explique sans doute l'inflation de spectaculaire qu'on peut lui reprocher : musique de péplum. Bruitage de cape et d'épée au moindre attouchement d'antennes, etc. À ce grief mineur s'ajoute une déception liée au titre : il s'agit moins de la "véritable histoire des fourmis" que d'une série d'observations sur quelques espèces étonnantes et photogéniques - pas seulement des fourmis. Enfin, le commentaire hybride (mi-scientifique, mi-philosophique) de Jean-Claude Carrière égrène des considérations trop générales pour s'accorder aux " scènes d'action " qui défilent à l'écran. Mais ces réserves n'enlèvent rien à la qualité exceptionnelle des images glanées aux quatre coins monde par Gérald Calderon. Fourmis d'Europe, d'Afrique ou d'Amérique centrale, fourmis nomades, tisserandes, légionnaires ou champignonnistes. Elles sont plus ahurissantes les unes que les autres par leurs processions disciplinées, leurs chantiers titanesques, leur acharnement prométhéen à transformer leur milieu. La plongée dans les profondeurs des nids, par la vertu des caméras endoscopiques, est particulièrement saisissante.
Louis Guichard
Télérama 3 février 1999