LA FOURMI ALLIÉE DE L'HOMME

Si les fourmis peuvent dans certains cas être un fléau pour l'agriculture, c'est dans de ce secteur qu'elles sont également d'une grande utilité pour l'homme. Les fourmis rousses (Formica du groupe rufa) qui forment des dômes de brindilles dans nos forêts sont les prédateurs de bon nombre d'invertébrés. On estime à plusieurs millions le nombre de proies ramenées en une saison par les ouvrières d'une seule colonie. Les Formica s'attaquent notamment à de nombreuses chenilles. Elles protègent les forêts de conifères contre les ravageurs tels que les chenilles processionnaires. Depuis bien longtemps les forestiers savent que la présence de nombreuses colonies dans une forêt est un indicateur de sa bonne santé. En Allemagne, une loi datant de 1880 condamne à une forte amende quiconque détruirait les nids des fourmis des bois. En Italie, des nids entiers ont été transportés par camion dans des tonneaux pour être introduits dans des régions menacées par les invasions de ces Lépidoptères. La protection de ces fourmis est d'autant plus importante que les cocons servaient (et servent encore de nourriture pour les faisans, il y avait dans les grandes propriétés des "fourmilleux" chargés de récolter les "œufs" de fourmis, ce qui a entraîné leur raréfaction en maints endroits. Au siècle dernier, McCook rapporte que dans plusieurs provinces de Canton, les fourmis fileuses oecophylles sont utilisées pour lutter contre les pullulations de chenilles de papillons. Des fourmilières entières sont capturées dans les montagnes pour être implantées dans les orangeraies.

Dans les zones chaudes et humides du globe, on rencontre d'autres fourmis particulièrement efficaces pour éliminer les vermines. Les fourmis légionnaires (magnans d'Afrique, Eciton d'Amérique) forment des colonies immenses ayant la particularité de ne pas établir de nid fixe. Elles se déplacent sans cesse dans les forêts tropicales. Leurs pratiques guerrières leur ont souvent valu d'être surnommées les Uns et les Tartares des insectes. Les colonnes de chasse des fourmis légionnaires s'étalent sur des centaines de mètres de long. Elles dévastent tout sur leur passage, s'attaquant même à certains petits invertébrés comme des rats et des souris (ou un homme attaché !). Ces fourmis ont véritablement inventé la chasse en groupe comme peu d'autres animaux ont su le faire. Les colonnes de chasse des fourmis légionnaires sont généralement bien accueillies à l'intérieur des habitations humaines même si elles obligent leurs propriétaires à quitter les lieux le temps de leur passage. Elles débarrassent les maisons de la plupart des petites bêtes indésirables. Autrefois, au Mexique, les hommes débarrassaient leur vêtements des parasites en les plaçants sur un nid de fourmis moissonneuses.

En Amérique du sud, les fourmis champignonnistes étaient utilisées par les indiens pour guérir leur blessures. Les colonies d'Atta comportent des ouvrières dont la taille est très variable. Les plus grosses ont une tête et des mandibules démesurées par rapport au reste du corps. Ces ouvrières particulières sont appelées soldats. Les indiens leur faisait mordre leurs plaies de manières à en rapprocher les deux bords. Une fois les mandibules refermées, ils coupaient le corps des fourmis, se servant de la tète des soldats comme de véritables agrafes chirurgicales. En Afrique tropicale les soldats de magnans sont utilisés de la même manière par les pygmées.

En Europe, on récupérait autrefois l'acide formique produit par les fourmis rousses. Cet acide était un élément essentiel de la pharmacopée du 18 et du 19ème siècle. On lui attribuait de nombreuses vertus et notamment aphrodisiaques. Bien sûr la plupart de ces effets pharmacologiques se révélèrent faux. Cependant les effets de l'acide formique sont bien connus des étourneaux et autres passereaux qui pratiquent le bain de fourmis ou formicage pour se débarrasser de leurs parasites. La fourmi est même utilisée par les pervers sexuels formicophiles qui ont besoin de fourmis ou de petits insectes sur les parties génitales pour être excités (J.D. Vincent, p.243). En Chine également on leur attribue d'incroyables vertus. Elles permettraient notamment à ceux qui les consomment de vivre au delà de cent ans.

Dans certaines régions du globe, les fourmis constituent un met recherché. Les indiens d'Amérique ou les aborigènes d'Australie, consomment des fourmis pot de miel (Myrmecocystus ou Melophorus). Celles-ci vivent dans les zones désertiques où elles doivent survivre pendant de longues périodes sans pouvoir trouver de nourriture. Un certain nombre d'ouvrières sont donc chargées de faire des réserves de miel qu'elles conservent dans une poche spéciale de leur tube digestif. Leur abdomen peut prendre des proportions considérables. Elles se pendent au plafond comme des outres et lors des périodes de disette elles régurgitent le liquide sucré à leurs congénères. Les indigènes avaient pour habitude de dénicher ces fourmis et d'en consommer l'abdomen distendu par le miel. Le héros du film Crocodile Dundee (1987) a été élevé par des aborigènes et se nourrit dans le bush de lézards, de larves diverses et de fourmis. En Amérique latine, les larves de fourmis Atta et Liometopum (appelées escamol au Mexique) sont paraît-il excellentes et se vendent très cher. Leur récolte est pour certains villageois la seule source de revenus en argent liquide pour toute l'année. D'une manière générale les sexués de fourmis sont utilisés comme source protéique annexe (par exemple chez les Wayanas de Guyane ou au Brésil). Certains amateurs ou universitaires parlent même de les élever afin de les commercialiser. Les insectes sont parfois considérés comme la nourriture du XXIème siècle, ils sont en effet particulièrement abondants et richement constitués en protéines. Les larves d'Atta contiennent 43% de protéines et 31% de graisses, l'escamol est encore plus riche (60% de protéines pour 12% de graisse). Cet aliment est intéressant car il ne contient pas de cholestérol : les insectes ne synthétisent pas ce composé. Le célèbre épicier parisien Hédiard importait dans les années 1980 des fourmis enrobées de chocolat du Japon. Ces fourmis enrobées de chocolat semblent toujours être commercialisées en Angleterre puisque les animateurs de l'émission Nulle part ailleurs (Canal plus) en ont consommé en direct le 15 juin 2001. Des livres de recettes sur ce sujet sont aujourd'hui publiés et l'insectarium de Montréal organise régulièrement des repas d'insectes. Les " œufs " de fourmis seront peut-être le caviar de demain...

Les fourmis sont aussi aphrodisiaques comme le montre cette vidéo (en anglais) de CNN

Modifié d'après "Les fourmis", Alain Lenoir, dans "Si les lions pouvaient parler" sous la direction de Boris Cyrulnik, Gallimard, 1998.

            Dernière mise à jour le 02-Avr-2008