LES FOURMIS DANS L'HISTOIRE

L'intérêt des hommes pour les fourmis remonte à l'antiquité. Les premiers auteurs ont été fascinés par leur moeurs très proches de celles des hommes. C'est dans les Proverbes de Salomon que l'on retrouve la première allusion à leur courage et à leur prévoyance. Tous les auteurs grecs (Hésiode, Aristote, Platon...) mentionnèrent les fourmis pour leur sagesse et leur intelligence. Le poète romain Horace dans les Satires s'émerveille devant la fourmi que la sagesse pousse à travailler sans cesse pendant l'été afin de subsister à l'hiver. Pline l'ancien, dans son Histoire des animaux consacre aux fourmis un chapitre entier. Lui aussi s'étonne de leur courage et de leur force. Il ne manque pas non plus de noter leur organisation ainsi que leur façon de vivre en société, de communiquer et même de se répartir les tâches. Malheureusement, ces observations remarquables furent entachées par quelques fabulations beaucoup plus naïves où l'auteur latin fait des fourmis de l'Inde septentrionale les gardiennes de mines d'or. Les apparentes ressemblances entre les fourmis et les hommes conduisirent inévitablement à de nombreux anthropomorphismes. Le Grec Plutarque attribue aux fourmis, outre un caractère prévoyant et sage, des vertus humaines. Avec le romancier latin Apulée, les fourmis mettent leur courage et leur pugnacité au service de l'humain en triant à la place de Psyché un monceau de graines renversées par la déesse Vénus en colère. Les constructions des four-mis furent également l'objet de l'attention des écrivains latins. Là encore, ils n'hésitent pas à les comparer aux réalisations humaines. Selon Ælien, les nids de fourmis n'ont rien à envier aux édifices d'Égypte et de Crète. La complexité et l'organisation des chambres et des galeries souterraines rappellent à l'auteur les habitations humaines les plus somptueuses.

Bien que chargés d'anthropomorphismes, les récits des Grecs et des Romains étaient déjà en bien des points en accord avec les connaissances modernes. La période qui suivie fut beaucoup moins riche et l'on ne connaît que très peu d'écrits sur les fourmis datant du moyen-âge. Les rapports des auteurs avec la nature changent. La fourmi n'est plus un exemple pour l'homme mais un animal étrange et mystique dont les venins et les morsures sont craints. Des traductions abusives des textes anciens sont à l'origine de quelques animaux étranges, comme le myrmécoléo. Ce monstre issu de l'imaginaire des auteurs du moyen-âge est à la fois lion et fourmi (voir le "Manuel de Zoologie Fantastique" de J.L. Borges et M. Guerrero, 1970).

Il faudra attendre le XVIIème pour que les auteurs s'intéressent à nouveau à la fourmi. La Fontaine puis Boileau reprennent l'image, déjà utilisée par les philosophes de l'antiquités, de la fourmi prévoyante et courageuse. On connaît bien sûr la fourmi de la fable avec la cigale, mais il y aussi " La Colombe et la Fourmi " où celle-ci sauve la colombe qui lui a évité la noyade. En fait, de tous temps, les fabulistes se sont inspirés des fourmis (voir les fables récentes de Georges Duhamel ou de Jacques Trémolin).

Le XVIIIème siècle est marqué par l'émergence des sciences naturelles auxquelles vont se consacrer Linné, le père de la systématique, Bonnet, qui découvrit notamment la parthénogenèse, et bien d'autres. On trouve quelques observations de fourmsi dans les récits de grands voyaguers comme Livingstone. C'est véritablement au naturaliste anglais Gould et au français De Réaumur que l'on doit les premières données scientifiques sur les fourmis. Elles deviennent le sujet d'études sérieuses et une science à part entière leur est consacrée : la myrmécologie. Dès lors de nombreux entomologistes s'intéressent aux fourmis avec Fabre, Huber, Emery, Forel... Comme les autres insectes sociaux, leur mode de vie intrigue les premiers défenseurs de la théorie de l'évolution par la sélection naturelle. Darwin lui-même ne manque pas de s'interroger sur l'origine de la socialité et de l'altruisme qui caractérise les colonies de fourmis. Plus récemment des auteurs comme Maeterlink ont vulgarisé la vie des fourmis, avec beaucoup d'anthropomorphisme, ce qui a sans doute contribué à propager les clichés sur la fourmi ("La vie des fourmis", 1930).

Aujourd'hui, la myrmécologie est toujours une partie très active de la biologie et de la psychologie animale. Que ce soit pour les combattre, les utiliser ou simplement les comprendre, les fourmis, par leur étonnante diversité et leur omniprésence dans notre environnement intéressent des secteurs d'activité aussi variés que les sciences de la vie, la littérature, ou même l'économie. Il est symptomatique que les navettes spatiales n'aient emporté que très peu d'animaux, mais Challenger avait une colonie de fourmis en 1983 ! De nombreux livres de vulgarisation sur la vie des animaux sont parus ces dernières années. Les fourmis ont été de la partie, surtout dans les livres pour enfants. Signalons la traduction du livre biographique des deux plus grands spécialistes des fourmis qui a connu un grand succès (Bert Hölldobler et Edward O. Wilson : Voyage chez les fourmis - Une exploration scientifique, Seuil, 1997).

D'autres légendes sur les fourmis

Extrait modifié de "Les fourmis", Alain Lenoir, dans "Si les lions pouvaient parler" sous la direction de Boris Cyrulnik, Gallimard, 1998.

Mise à jour le 19-Fév-2006